La Mer Blanche

à Fouesnant

  • LA DUNE

    A la base du cordon, et plus encore depuis la construction de la cale pour les pêcheurs, le sable s’accumule sur l’estran. Dans ce secteur qui n’est pas érodé par la mer, les oyats ont colonisé la dune en touffes denses.

    Un peu plus loin vers l’Ouest, un enrochement a été réalisé sur près d’un kilomètre. Depuis longtemps (1946, 1951, 1960, 1962, 1975, 1977) différents travaux avaient vainement tenté d’enrayer l’érosion. Après les dégâts des tempêtes de 1978 (la dune a reculé de 7 mètres en une seule tempête), la Municipalité fut contrainte de mettre en place cette infrastructure lourde (1980).

    Juste après l’enrochement, la dune présente encore un aspect fragile. Malgré des protections légères, la dune poursuit son mouvement de recul. Elle forme un front abrupt, en falaise plus ou moins éboulée, qui signifie bien que l’érosion prédomine sur l’accumulation.

    A mesure que l’on avance vers l’Ouest, le front s’adoucit et la dune, protégée par un ourlet de végétation, se raccorde sans rupture avec la plage. Dans ce secteur, la dune est stable. Cela ne veut pas dire qu’elle ne bouge pas mais que son profil reste équilibré. Car en effet, le cordon ne cesse de bouger. Il s’est allongé (d’environ 100 mètres entre 1952 et 1963), diminuant la largeur du goulet, il s’est aminci et a effectivement reculé.

    Parmi les espèces végétales présentent sur cette flèche littorale, on trouve des lagures, quelques pavots des sables ou encore des choux maritimes. Les trois crochets de sable situés sur le côté Nord du cordon sont les témoins de la construction progressive de cette longue dune qui s’étire actuellement sur près de 4 km. Ils se forment grâce à la houle qui contourne l’extrémité du cordon et ils marquent donc les différents stades de la formation de cette flèche littorale.

    LA VASIÈRE (SLIKKE)

    Chaque jour, par deux fois, la mer entre dans le marais. Dans cette partie dénommée la slikke par les scientifiques, seules les plantes halophiles peuvent survivre. Et encore, juste à l’entrée, le courant est trop fort pour que les grandes algues puissent se "cramponner". On y trouve plutôt des algues vertes comme l’ulve ou les entéromorphes.

    La vie animale est à la fois discrète et très riche : les arénicoles psammivores sont signalées par des tortillons de sable, les coquillages filtreurs (palourdes et coques surtout)... Là où l’eau reste, c’est à dire dans le chenal ou dans les petites mares, crabes, alevins (de bars, de mulets ou de plies) et crevettes foisonnent. Mais il y a aussi tout ce que l’on ne voit pas : le phytoplancton (essentiellement composé de micro-algues telles que les diatomées), le zooplancton... On trouve également sur un petit îlot au milieu de la slikke une plante remarquable, la spartine. C’est une des rares phanérogames qui vivent et se reproduisent en mer. Elle est d’une grande importance car c’est elle qui colonise la vasière en premier. Elle piège la vase, le niveau du sol s’élève, laissant la possibilité aux salicornes puis à la soude et à l’obione de s’installer. C’est ainsi que se constitue progressivement le schorre.

    LE PRÉ-SALÉ (SCHORRE)

    Le schorre ou pré-salé est la partie haute des vasières marines qui peut être pâturée. La toponymie indique que l’élevage du mouton a du être très pratiqué à la Mer Blanche (Kermaout = Ferme du mouton / Kerboc’h = Ferme du bouc / Kerouanquen = Ferme de l’agneau blanc). La surface semble parfaitement horizontale, mais il n’en est rien. Le chenal qui serpente en formant de véritables méandres est une prolongation de la slikke dans le schorre. Toutes ses ramifications sont remontées par la mer à chaque marée et la profondeur du chenal est parfois importante. Des trous d’eau très peu profonds sont éparpillés dans le pré-salé. Parfois à sec, ils montrent alors les classiques polygones de dessiccation de la vase. Tous les 15 jours au moins, les grandes marées y renouvèlent l’eau. Toute une vie (poissons, crabes, crevettes, plancton) trouve dans ces mares des conditions exceptionnelles au printemps et à l’automne car l’eau y est plus chaude qu’en mer, comme dans le chenal d’ailleurs. En revanche, la chaleur excessive rend les conditions très difficiles pour la vie animale l’été, d’autant que l’évaporation augmente chaque jour le taux de salinité de l’eau.

    LES MARAIS

    LA RICHESSE BIOLOGIQUE DES MARAIS LITTORAUX

    Le marais est une serre à forte productivité végétale. Outre les plantes du schorre, le phytoplancton, comparable à l’herbe des prairies, est au départ des chaînes alimentaires. Il se développe à merveille sur les marais littoraux car, en sus du gaz carbonique indispensable à la prospérité des végétaux, les trois éléments (sels minéraux nutritifs, énergie lumineuse et température) nécessaires à la vie se combinent au mieux.

    Ainsi, pendant les 3 ou 4 heures où la Mer Blanche est remplie, le planton se développe et, à marée descendante, il va enrichir les eaux côtières. Le marais est un "self-service" bien garni. Pendant la marée montante, c’est l’heure du repas pour le zooplancton qui vient "brouter la prairie flottante", mais aussi pour les céphalopodes (calmar, seiche) ou les jeunes poissons (sardines, anchois, maquereaux...) qui mangent aussi bien le phytoplancton que le zooplancton. Les poissons plats, mulets, bars ou daurades trouvent également leur bonheur, au ras du sol, en se nourrissant de toute la faune sortie du sable ou de la vase dès que la mer arrive.

    Le marais est un abri. Les alevins sont dans les chenaux du schorre où ils montent avec la marée. Le risque pour eux est de rester bloqué à marée descendante dans une mare trop petite. Les nombreux oiseaux présents sur le site seront alors des prédateurs redoutables.